Enseignement du français au Lycée Professionnel  

Sujet de français "BIS" Bac. pro.  
Marivaux    La Colonie  

   Auteur : A. Malle   

Sommaire

présentation
sujet
corrigé

retour / accueil

Présentation

Le sujet ci-dessous est inspiré du sujet de la session spéciale de 1999 portant sur un extrait de La Colonie. La question d'ensemble suppose que l'on ait étudié L'île des esclaves, étude pendant laquelle on aura étudié la fonction des objets au théâtre (question 1). Les questions 3 et 4 reprennent les questions du sujet officiel.

 

 

 

Sujet

La Colonie, pièce de Marivaux publiée en 1750.

Présentation

La "colonie" est composée d’hommes et de femmes qui ont fui leur patrie pour échapper à l’asservissement. Exilés sur une île, ils créent une nouvelle république. Les hommes se réservent le droit de "légiférer". Révoltées par ce traitement, les femmes élisent deux déléguées, Arthénice pour les nobles, Mme Sorbin pour le peuple. Pour contraindre les hommes à les accepter comme des égales, les femmes s’engagent à ne plus rien faire pour leur plaire et de rompre avec eux. Leur décision est écrite sur une affiche.

Personnages de La Colonie

ARTHENICE, femme noble.
MADAME SORBIN, femme d'artisan.
M. SORBIN, mari de Mme Sorbin.
TIMAGENE, homme noble.
LINA, fille de Mme Sorbin.
PERSINET, jeune homme du peuple, amant de Lina.
HERMOCRATE, autre noble.

Troupe de femmes, tant nobles que du peuple.

Texte n°1 : extrait de la scène 13.

SCÈNE 13. - TIMAGENE, HERMOCRATE, PERSINET, ARTHÉNICE, MADAME SORBIN, UNE FEMME avec un tambour,

et LINA, tenant une affiche.

ARTHÉNJCE. Messieurs, daignez répondre à notre question; vous allez faire des règlements pour la république, n'y travaillerons-nous pas de concert ?A quoi nous destinez-vous là-dessus?

HERMOCRATE. À rien, comme à l'ordinaire.

UN AUTRE HOMME. C'est-à-dire à vous marier quand vous serez filles, à obéir à vos maris quand vous serez femmes, et à veiller sur votre maison : on ne saurait vous ôter cela, c'est votre lot.

MADAME SORBIN. Est-ce là votre dernier mot? Battez tambour; (et à Lina) et vous, allez afficher l'ordonnance à cet arbre. (On bat le tambour et Lina affiche.)

HERMOCRATE. Mais, qu'est-ce que c'est que cette mauvaise plaisanterie-là? Parlez-leur donc, seigneur Timagène, sachez de quoi il est question.

TIMAGENE. Voulez-vous bien vous expliquer, Madame?

MADAME SORBIN. Lisez l'affiche, l'explication y est.

ARTHENICE. Elle vous apprendra que nous voulons nous mêler de tout, étre associées à tout, exercer avec vous tous les emplois, ceux de finance, de judicature et d'épée.

HERMOCRATE. D'épée, Madame?

ARTHÉNICE. Oui d'épée, Monsieur; sachez que jusqu'ici nous n'avons été poltronnes que par éducation.

MADAME SORBIN. Mort de ma vie! qu'on nous donne des armes, nous serons plus méchantes que vous; je veux que dans un mois, nous maniions le pistolet comme un éventail : je tirai ces jours passés sur un perroquet, moi qui vous parle.

ARTHENICE. Il n'y a que de l'habitude à tout.

MADAME SORBIN. De même qu'au Palais à tenir l'audience, à être Présidente, Conseillère, Intendante, Capitaine ou Avocate.

UN HOMME. Des femmes avocates?

MADAME SORBIN. Tenez donc, c'est que nous n'avons pas la langue assez bien pendue, n'est-ce pas?

ARTHÉNICE. Je pense qu'on ne nous disputera pas le don de la parole.

HERMOCRATE. Vous n'y songez pas, la gravité de la magistrature et la décence du barreau ne s'accorderaient jamais avec un bonnet carré sur une cornette...

ARTHÉNICE. Et qu'est-ce que c'est un bonnet carré, Messieurs? Qu'a-t-il de plus important qu'une autre coiffure? D'ailleurs, il n'est pas de notre bail, non plus que votre Code; jusqu'ici c'est votre justice et non pas la nôtre; justice qui va comme il plaît à nos beaux yeux, quand ils veulent s'en donner la peine, et si nous avons part à l'institution des lois, nous verrons ce que nous ferons de cette justice-là, aussi bien que du bonnet carré, qui pourrait bien devenir octogone si. on nous fâche ; la veuve ni l'orphelin n'y perdront rien.

UN HOMME. Et ce ne sera pas la seule coiffure que nous tiendrons de vous...

MADAME SORBIN. Ah! la belle pointe d'esprit; mais finalement, il n'y a rien à rabattre, sinon lisez notre édit, votre congé est au bas de la page.

HERMOCRATE. Seigneur Timagène, donnez vos ordres, et délivrez-nous de ces criailleries.

Vocabulaire

emplois de judicature : ayant un rapport avec la loi, la justice

bonnet carré : coiffure des magistrats

cornette : coiffure de femme

pas de notre bail : pas accepté par nous

pas la seule coiffure : allusion aux "cornes" du mari trompé par sa femme

Texte n°2 : extrait de la scène 14.

       TIMAGENE. - De quoi vivrez-vous ?

       MADAME SORBIN - De fruits,

       d'herbes, de racines, de coquillages, de

        rien s'il le faut, nous pêcherons, nous

5     chasserons, nous deviendrons sauvages,

       et notre vie finira avec honneur et gloire,

      et non pas dans l'humilité ridicule où l'on

      veut tenir des personnes de notre

      excellence.

10  PERSINET. - Et qui font le sujet de

     mon admiration.

      HERMOCRATE. - Cela va jusqu’à la

      fureur. (A Monsieur Sorbin.) Répondez-

     lui donc.

15  MONSIEUR SORBIN. - Que voulez-

     vous ? C'est une rage que cela, mais

     revenons au bon sens ; savez-vous,

     Madame Sorbin, de quel bois je me

    chauffe?

20  MADAME SORBIN. - Eh là ! le

    pauvre homme avec son bois, c'est bien à

    lui parler de cela; quel radotage!

    MONSIEUR SORBIN. - Du rado-

    tage ! à qui parlez-vous, s'il vous plaît ?

25  Ne suis-je pas l'élu du peuple ? Ne suis-je

    pas votre mari, votre maître, et le chef de

    famille?

     MADAME SORBIN. - Vous êtes, vous

     êtes... Est-ce que vous croyez me faire

30  trembler avec le catalogue de vos qualités

     que je sais mieux que vous ? Je vous

     conseille de crier gare ; tenez, ne dirait-on

      pas qu'il est juché sur l'arc-en-ciel? Vous

      êtes l'élu des hommes, et moi l'élue des

35 femmes ; vous êtes mon mari, je suis

     votre femme ; vous êtes le maître, et moi

     la maîtresse; à l'égard du chef de famille,

     allons bellement, il y a deux chefs ici,

     vous êtes l'un, et moi l'autre, partant

40  quitte à quitte.

PERSINET. - Elle parle d'or, en
    vérité.

    MONSIEUR SORBIN. - Cependant,

     le respect d’une femme...

45  MADAME SORBIN. - Cependant le

     respect est un sot ; finissons, Monsieur

     Sorbin, qui êtes élu, mari, maître et chef

      de famille; tout cela est bel et bon; mais

      écoutez-moi pour la derniere fois, cela

50   vaut mieux : nous disons que le monde

      est une ferme, les dieux là-haut en sont

      les seigneurs, et vous autres hommes,

      depuis que la vie dure, en avez toujours

     été les fermiers tout seuls, et cela n'est

55   pas juste, rendez-nous notre part de la

      ferme ; gouvernez, gouvernons

     obéissez, obéissons; partageons le profit

     et la perte ; soyons maîtres et valets en

     commun ; faites ceci, ma femme ; faites

60   ceci, mon homme ; voilà comme il faut

      dire, voilà le monde où il faut jeter les

      lois, nous le voulons, nous le prétendons,

      nous y sommes butées ; ne le voulez-

      vous pas ? Je vous annonce, et vous

65   signifie en ce cas, que votre femme, qui

     vous aime, que vous devez aimer, qui est

     votre compagne, votre bonne amie et

     non pas votre petite servante, à moins

     que vous ne soyez son petit serviteur, je

70 vous signifie que vous ne l'avez plus,

      qu'elle vous quitte, qu'elle rompt ménage

      et vous remet la clef du logis.

 

 

 

 

 

 

 

 

    QUESTIONS

I Compétences de lecture

Etude de la scène 13

1 De quels objets est-il question dans cette scène ? Quels sont ceux qui sont des accessoires du jeu théâtral ? Quels sont ceux qui ont une valeur de symbole ?

2 Quelle image des femmes trouve-t-on dans les répliques des personnages masculins ?

Etude de la scène 14.

3 Quel sens attribuez-vous à la répartition de la parole entre les deux personnages principaux de cette scène ?

4 Après avoir précisé le sujet de la discussion entre M. et Mme Sorbin, étudiez la progression de l’argumentation de Mme Sorbin à travers l’emploi des pronoms personnels (ligne 20 à ligne 59).

Question d’ensemble.

Quels points communs relevez-vous entre La Colonie et l’Ile des Esclaves ?

II Compétences d’écriture.

Ecrivez le texte de l’affiche dont il est question dans la scène 13 (une quinzaine de lignes).

 

 

Corrigé

 

Réponse 1.

Préparation : relever tous les objets mentionnés.
Classement :
- objets manipulés par les acteurs = accessoires
- objets simplement cités dans le dialogue = = symboles

Idées représentées par les objets ?

Rédaction d’une réponse organisée.

Réponse 2.

Préparation : observer toutes les répliques des personnages masculins.
Relever les idées exprimées sur les femmes.
Classement.

Rédaction d’une réponse organisée.

3 Préparation

Répartition de la parole : compter les lignes des rôles :
Mme Sorbin =

M. Sorbin =

Constat ?

Signification ?

Rédaction d’une réponse organisée.

 

4 Préparation

Relever tous les pronoms l. 20 à 59.
Constat.
Progression :
Rédaction d’une réponse organisée.

5

Points communs :
- lieu = une île
- situation de base = une prise du pouvoir
personnages = un rapport de domination inversé (maître/esclave, homme/femme)
thèmes

Rédaction d’une réponse organisée.

Réponses rédigées. 

1 Deux objets sont utilisés au cours de la scène, ce sont des accessoires nécessaires au déroulement de l’action. Ce sont l’affiche sur laquelle les femmes de la colonie proclament leur rupture avec les hommes et le tambour qui permet d’annoncer cette proclamation. Les deux accessoires sont mentionnés dans les didascalies, au début de la scène et dans les lignes 12-13.

D’autres objets sont mentionnés dans le dialogue. L’épée, l. 24, les armes, l.30 et le pistolet, l. 32, symbolisent l’usage de la force que les femmes revendiquent au même titre que les hommes. Plus loin, Hermocrate mentionne le "bonnet carré" qui symbolise "la gravité et la décence du barreau", incompatible selon lui avec la "cornette" des femmes.

2 Les répliques des personnages masculins, Hermocrate et un autre homme, donnent une image très négative des femmes. Elles sont considérées comme incapables de participer à la construction des lois de la nouvelle république (L; 5...). Elles sont réduites à "obéir" et leurs maris, donc soumises. La seule tâche qui leur est assignée est celle de "veiller" sur la maison. Les hommes n’imaginent pas qu’elles puissent participer à la défense, elles seraient trop faibles, ni à la justice, elles manqueraient d’éloquence, comme l’indiquent les deux interrogations : "D’épée, madame?" (l. 25) et "Des femmes avocates ?" (l.38). Une allusion en forme de plaisanterie est faite à leur conduite infidèle, l; 60-61. De plus, le dernier mot de la scène, "criailleries" montre que leur révolte n’est pas du tout prise au sérieux.

réponses 3 et 4 : voir le corrigé du sujet Marivaux sur le site académique (ac-nantes.fr).