BACCALAUREAT PROFESSIONNEL EPREUVE DE FRANÇAIS

SESSION SPECIALE - FEVRIER 2004 

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Consultation du sujet :

Texte
Questions
Corrigé

Document 1

     A l'époque de l'affaire Dreyfus, Emile Zola publie une série d'articles dont cette "lettre à la jeunesse" du 14.12.1897

O jeunesse, jeunesse ! je t'en supplie, songe à la grande besogne qui t'attend. Tu es l'ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d'équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d'obscurités peut-être, mais à coup sûr l'effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d'être encore plus généreuse, plus libre d'esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l'éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Jeunesse, jeunesse ! souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l'exprimer publiquement, c'est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n'es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c'est que de se réveiller chaque matin avec la botte d'un maître sur la poitrine, tu ne t'es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d'acclamer le mensonge de faire campagne avec la force brutale, l'intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.

 

Jeunesse, jeunesse ! sois toujours avec la justice. Si l'idée de justice s'obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos Codes, qui n'est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes  est faillible et qui admet l'innocence possible d'un condamné, sans croire insulter les juges. N'est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n'est toi qui n'es pas dans nos luttes d'intérêts et de personnes, qui n'es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?

 

Humanité, Vérité, Justice.

 

Document 2

FORUM

Ils ne refont plus le monde

Les jeunes sont critiques mais pas révolutionnaires.

Un récent sondage montre que les jeunes critiquent la société mais ne souhaitent pas la bouleverser en profondeur. (Le Monde SOFRES-FSU)

 

Si les jeunes sont très préoccupés par le chômage et la violence, cela n'entame pas leur relative confiance en leur avenir personnel. Ils sont également très sensibles aux inégalités de la société. L’époque est difficile, disent-ils, et ils n'envisagent pas les rapports sociaux comme leurs parents. Ils sont bien plus pessimistes sur les chances d'ascension sociale et n'ont pas beaucoup d'espoir de voir les plus défavorisés parvenir à s'en sortir.

Les institutions sont également complètement dévalorisées à leurs yeux. Ils refusent à 91 % leur confiance aux partis politiques. L'irruption des affaires a fini d'achever un mouvement de fond qui relègue l'engagement politique dans une époque révolue. Les jeunes paraissent davantage enclins à s'engager dans une association défendant un thème précis. L'école et la médecine sont les deux seules institutions à trouver grâce à leurs yeux, 82 % des étudiants interrogés estiment que leurs études leur apprennent beaucoup de choses et qu'elles  leur donnent une bonne culture générale. Toutefois, les bacheliers de la filière générale mettent un bémol au tableau en pensant que cela ne les prépare pas à exercer le métier qu'ils souhaiteraient.

Mais le plus étonnant de cette génération, c'est que ni l'argent ni la musique n'arrivent en tête de leurs aspirations.

 

C'est la famille qui prime, suivie de l'amitié, du travail et de l'amour ! 82 % des jeunes interrogés estiment que la famille est très importante, alors que la religion ne l'est que pour 10 % d'entre eux.

Pour décrire leur génération, ils parlent d'abord de dynamisme, puis de violence avant d'ajouter réalisme et solidarité. Si c'est le chômage qui est le véritable nœud de l'intégration sociale à leurs yeux, la violence est citée en second comme problème de société. Mais cette violence, avec bien sûr tout ce qui l'entraîne ou en découle, drogue, manque d'argent, sida, alcool, accès au logement et solitude est à leurs yeux une conséquence du système. Son principal défaut, c'est l'argent qui tient une trop grande place. Les jeunes déplorent trop de malhonnêteté et de corruption. Leur manque de confiance en la collectivité ne les empêche pourtant pas de croire en leur avenir personnel. Un portrait de 15-24 ans réalistes, mais très individualistes.

 

                 M. LE GOAZIOU

 

Et vous qu'en pensez-vous ? Votre avis nous intéresse. Ecrivez-nous à dimanche Ouest-France, 10, rue du Breil, 35051 Rennes cedex 09.

Article paru dans Ouest-France le 28 novembre 1999.

 

 

QUESTIONS

I - COMPÉTENCES DE LECTURE (9 points)

1 - Vous analyserez la composition du texte de Zola : quelles sont les valeurs auxquelles la jeunesse doit, selon lui, se référer ?

     Commentez l'ordre dans lequel elles sont évoquées.

     Justifiez vos réponses par des références précises du texte (3 points).

2 - Comment Zola s'adresse-t-il à la jeunesse ? Vous vous appuierez sur l'étude des pronoms personnels, des modes des verbes, des signes de ponctuation et des procédés de style ( 3 points).

3 - D'après les commentaires du journaliste sur l'état d'esprit de la jeunesse aujourd'hui, pensez-vous que les jeunes répondent aux attentes de Zola ? Justifiez votre réponse en vous appuyant avec précision sur chacun des deux textes (3 points).

II - COMPÉTENCES D'ÉCRITURE (11 points)

" Et vous qu'en pensez-vous ?

Votre avis nous intéresse."

Vous adressez votre point de vue, en une quarantaine de lignes, au courrier des lecteurs du journal. Vous expliquez pour quelles raisons, selon vous, cette image de la jeunesse vous semble (ou non) un fidèle reflet de la réalité.

 

Corrigé

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