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Extraits d'un entretien avec François
Mitterrand (Président de la République de 1981 à 1995).
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De tous les Grands Travaux que vous avez lancés, quel est
celui dont vous êtes le plus heureux ?
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Tous les Grands Travaux, à Paris ou en province, répondent
à des nécessités de fait : mauvais état ou exiguïté des bâtiments,
médiocres présentations de collections, insuffisant accueil du
public.
Deux projets me tenaient particulièrement à cœur.
Celui du Louvre, on vient de le dire. Celui de la Bibliothèque de
France, parce que c'est le livre et que, pour moi, tout commence
par la lecture. Ces deux projets ont suscité d'âpres débats.
Face à des transformations d'une telle ampleur, il était naturel
que des avis contraires s'expriment. Je les ai tous entendus.
Certains complexes et lourds de conséquences.
Aujourd'hui, les querelles sont apaisées. Au Louvre comme à la
Bibliothèque, les travaux se poursuivent dans le respect des
objectifs, des budgets et des échéances fixés par l'Etat.
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Quand êtes-vous allé pour la première fois au
Louvre ? Avec vos parents ? Avec des amis ?
-Au cours de mon premier
voyage à Paris, venu de ma Charente natale, lors de l'Exposition
coloniale, en 1931.
J'avais 15 ans. J'étais avec des amis de mes
parents.
-Votre première impression, bonne ou mauvaise ?
Votre premier souvenir d'enfant ou d'adolescent, qu'est ce qui
vous a le plus frappé : le palais ? Les œuvres ? Lesquelles?
-Des œuvres, archiconnues,
fixées à cette époque dans mon esprit par une culture un peu
livresque et un enseignement très classique. |
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Après cette visite, êtes-vous allé fréquemment
seul au Louvre ? Pour contempler quelles œuvres ?
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De temps à autre. Je
trouvais l'endroit poussiéreux, fatigant, mal organisé,
incommode et merveilleux.
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Vous avez fait vos études supérieures à Paris.
Est-ce que le Louvre, à l'époque, était une visite obligée ?
-Oui, pour le milieu dans lequel je
vivais. J'y ajoutais mon goût personnel. Mais mon intérêt se
dispersait aussi bien du côté du Vel'd'Hiv1 que des
balades dans le Marais.
-Et si un adolescent d'Angoulême visitait
aujourd'hui le Grand Louvre, qu'aimeriez-vous lui dire ?
-Qu'il a bien de la chance.
Qu'il pourra s'asseoir, se rafraîchir, prendre son temps, choisir
sans être coincé dans un engrenage infernal ! Bref, il pourra regarder
Télérama Hors Série "Le Grand Louvre",
(Novembre 1993)
1Vélodrome d'Hiver, lieu
prestigieux des courses cyclistes en salle. |
Document 2
Le
jour du mariage de Gervaise, héroïne du roman L'Assommoir, les
invités de la noce, appartenant au milieu ouvrier, visitent le musée
du Louvre.
Enfin, après avoir descendu la rue Croix-des-Petits-Champs, on arriva au Louvre.
M. Madinier, poliment, demanda à prendre la tête du cortège.
C'était très grand, on pouvait se perdre ; et lui, d'ailleurs, connaissait les beaux endroits, parce qu'il était souvent venu avec un artiste, un garçon bien intelligent, auquel une grande maison de cartonnage achetait des dessins, pour les mettre sur des boîtes. En bas, quand la noce se fut engagée dans le musée assyrien, elle eut un petit frisson. Fichtre ! il ne faisait pas chaud ; la salle aurait fait une fameuse cave. Et, lentement, les couples avançaient, le menton levé, les paupières battantes, entre les colosses de pierre, les dieux de marbre noir muets dans leur raideur hiératique, les bêtes monstrueuses, moitié chattes et moitié femmes, avec des figures de mortes, le nez aminci, les lèvres gonflées. Ils trouvaient tout ça très vilain. On travaillait joliment mieux la pierre au jour d'aujourd'hui. Une inscription en caractères phéniciens les stupéfia. Ce n'était pas possible, personne n'avait jamais lu ce
grimoire1. Mais M. Madinier, déjà sur le premier palier avec madame Lorilleux, les appelait, criant sous les voûtes :
- Venez donc. Ce n'est rien, ces machines… C'est au premier qu'il faut voir.
La nudité sévère de l'escalier les rendit graves. Un huissier superbe, en gilet rouge, la livrée galonnée d'or, qui semblait les attendre sur le palier, redoubla leur émotion. Ce fut avec un grand respect, marchant le plus doucement possible, qu'ils entrèrent dans la galerie française.
Alors, sans s'arrêter, les yeux emplis de l'or des cadres, ils suivirent l'enfilade des petits salons, regardant passer les images, trop nombreuses pour être bien vues. Il aurait fallu une heure devant chacune, si l'on avait voulu comprendre. Que de tableaux, sacredié ! ça ne finissait pas. Il devait y en a avoir pour de l'argent. Puis, au bout, M. Madinier les arrêta brusquement devant le Radeau de la Méduse ; et il leur expliqua le sujet. Tous, saisis, immobiles, ne disaient rien. Quand on se remit à marcher, Boche résuma le sentiment général : c'était tapé.
Dans la galerie d'Apollon, le parquet surtout émerveilla la société, un parquet luisant, clair comme un miroir, où les pieds des banquettes se reflétaient. Mademoiselle Remanjou fermait les yeux, parce qu'elle croyait marcher sur de l'eau. On criait à madame Gaudron de poser ses souliers à plat, à cause de sa position2. M. Madinier voulait leur montrer les dorures et les peintures du plafond ; mais ça leur cassait le cou, et ils ne distinguaient rien.
Émile ZOLA, L'Assommoir, (1877)
1 Un grimoire est un vieux livre de magie, obscur et inintelligible .
2 Madame Gaudron est enceinte et est sur le point d'accoucher.
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